L’instruction en Famille : avec ou sans programme? ( première partie )

Si vous pratiquez l’instruction en famille et que vous vous posez des questions au sujet de votre rythme familial, de l’importance de la mise en place d’un planning, d’imposer un rythme de travail … ou pas, vous aurez peut être d’autres idées à la fin de cette série d’articles ! C’est un peu long mais je trouve important de révéler un témoignage complet pour se faire une idée du cheminement de pensée et pouvoir vous faire le votre, si ce n’est déjà fait bien sure, car l’aventure de l’instruction en famille est tellement intense en réflexions, en remises en questions et toujours en mouvement !



Je n’ai pas la prétention de connaître la vérité ou de savoir mieux que vous ce qui est bon de faire, loin de là, je vais juste vous faire part de nos expériences dans notre « école-maison » , de ce qui a fonctionné, et de ce qui n’a pas été judicieux .

Avant de vous parler de l’équilibre que nous avons réussi à mettre en place, un peu d’Histoire de notre instruction : nous sommes dans notre cinquième année d’école à la maison, qui a débuté en 2016 avec un beau voyage pédagogique et initiatique à travers la campagne française, essentiellement en wwoofing ( vivre et travailler chez nos hôtes en échange du gite et du couvert et du partage mutuel d’expériences et d’idées ), si cela vous intéresse vous pouvez aller voir par ici, sur notre blog de petits voyageurs !

En septembre 2016 donc, nous quittons notre vie de petits citadins, les adultes quittent leurs boulots, les enfants quittent leur école… et c’est parti pour l’aventure ! A l’époque Valentin entrait en CE1, Lucas en grande section de maternelle et Jules en petite section de maternelle.
Même quand ils allaient à l’école, je suis toujours restée à la maison (congé parental ou assistante maternelle) et je pratiquais, sans trop le savoir, ce que l’on appelle le « co-schooling » (je ne l’ai appris qu’après ! ). C’est à dire que je m’intéressais de très près à ce que les enfants me racontaient de leurs journées et ce que j’observais dans leurs cahiers, et puis j’approfondissais le sujet avec eux à la maison par des lectures, des bricolages, des visites etc
Du coup, lorsque nous avons déscolarisé les garçons, j’ai continué comme ceci et les petits étaient ravis… par contre pour mon aîné, les choses n’ont pas du tout été aussi simples : dans son imaginaire, ne plus aller à l’école, c’était faire quelque chose de très différent de l’école. Or, j’avais emmené avec moi les fichiers et les bons conseils de celui qui aurait pu être son maître d’école à ce moment là… et cela fut une erreur. Je faisais face à un refus catégorique de sa part.

J’ai donc désappris, avec lui, tout ce que l’école et la collectivité nous avait transmis, et nous nous sommes mis à créer et concevoir notre propre système !
Au moment de quitter notre appartement, nous étions passé chez Grand-ma, dans la maison de campagne familiale, pour qu’elle nous garde quelques cartons de nos précieuses lectures et un peu de vaisselle ( trop lourds pour notre maison-remorque ) et nous étions tombé, à ce moment-là, sur un petit trésor : Tistou les pouces verts de Maurice Druon. Voici ce que nous y lisions : « le souci est une idée triste qui presse la tête au réveil et y reste accrochée toute la journée (…) Ce matin-là, le souci s’appelait: « Pas comme tout le monde » (…) nous allons essayer sur lui un nouveau système d’éducation (…) Il apprendra les choses qu’il doit savoir en les regardant directement (…) La vie, après tout, c’est la meilleure école qui soit. »
C’est donc inspirés par cette belle histoire lue à voix haute, serrés les uns contre les autres sur le canapé, que nous décidions de Vivre et de partir à la conquête de « l’école de la Vie » ! 



Après quelques semaines de profonde « relâche » pour les enfants, et, pour moi : d’intenses réflexions, discussions avec Hervé chéri, navigations sur le net, impressions couleur, découpages, collages et autres reliures… nous étions prêts pour entrer dans notre nouveau système, fait de nombreuses manipulations de matériel, beaucoup de lectures offertes (à voix haute) ou personnelles, de sorties dans la nature et ou dans les musées etc
J’ai appris, avec le temps, que cela portait aussi un nom, le « unschooling », ce qui pourrait se traduire par « pas d’école » . En réalité je le traduirai par « pas de leçons formelles et régulières sur table », en effet, c’est pas du « mot pour mot » !
Ce système d’éducation et d'instruction était d’une richesse inouïe parce que nous étions en voyage, libres comme l’air, que chaque pas nous menait vers un nouveau trésor de notre patrimoine à explorer, vers de nouvelles personnes nous faisant découvrir leur métier, leur région, leur façon de penser… Bref, pas besoin de planning, de cahiers ou de plan de travail dans ces conditions n’est-ce pas ?

 

Deux petits grains de sable dans cette belle mécanique sont tout de même venus modifier notre façon de faire : le premier fut extérieur , c’était l’inspecteur de l’éducation nationale à qui nous avons expliqué notre projet et présenté toutes nos découvertes et tous nos travaux, mais qui est resté sourd et aveugle à l’enthousiasme qui nous caractérisait. Notre système ne s’emboitait malheureusement pas dans les cases du plus grand, celui qui est conçu « pour tout le monde » et nous ne parlions pas le même langage.

Qu’à cela ne tienne, nous avons poursuivi ainsi quelques temps car nous nous sentions forts et heureux de ces expériences si riches et fructueuses.

Mais avec la fin du voyage et une nouvelle activité de formation pour moi est arrivé le second grain qui freina la machine : mon énergie. Le « unschooling » comme nous le vivions était épuisant pour moi et ne correspondait plus à ma condition de mère de famille nombreuse qui travaille (puisque j’entamais une formation à temps plein) : être à l’affut de chaque nouveauté, répondre aux intérêts de chaque enfant par des ateliers, des leçons vivantes, des visites en ville, des sorties natures, des observations poussées etc bref, mon caractère flamboyant, mon appétit, ma curiosité et mon esprit qui semble s’intéresser à tout de la manière la plus intense possible… tout ceci ne rentrait plus dans les 24 heures disponibles chaque jour. De plus, ayant échangé les rôles avec mon mari pour cette année de formation professionnelle, il fallait que les leçons et les contenus soient prêts, à l’avance, pour que les garçons puissent étudier avec leur père en mon absence.

Dans ces conditions j’ai donc mis en place un programme inspiré des pédagogies et des idées qui nous étaient les plus chères et dans lesquelles nous piochions depuis quelques temps : la pédagogie Charlotte Mason et la pédagogie Steiner-Waldorf ( je vous en reparlerai très certainement dans d’autres billets ! ). Ce programme est une petite recette personnelle, fruit de nos expériences, de mes recherches de supports appropriés à chacun, et de la réalité de notre famille, qui comporte cinq caractères différents bien marqués.

Jusque là, je n’aurais jamais cru voir un intérêt dans la mise en place de planning chez nous. Au contraire, je les voyais comme de terribles barrières qui nous obligeraient à réaliser des activités régulières, jour après jour, semaine après semaine, alors que j’étais persuadée que notre choix de quitter la collectivité m’engageait à respecter les rythmes propre à chacun, et y répondre du mieux possible individuellement… C’est mon grand garçon qui m’a fait changé d’avis en me demandant, un jour où nous perdions un peu pied, où ce système s’était essoufflé, de préparer un emploi du temps.
Un emploi du temps ?
Ce fut pour moi une réelle remise en question… mais après de nouvelles réflexions familiales, quelques brouillons et essais plus ou moins fructueux… Nous avons enfin pu sortir les crayons de couleurs pour concevoir, non pas un mais plusieurs programmes rythmés. C’est ceci que je vous présente dans cette petite série d’articles, car c’est ce rythme que nous suivons depuis de nombreux mois, saisons après saisons.
Nous sommes une famille avec un fonctionnement très visuel, cette organisation de notre emploi du temps se matérialise donc par des affichages et des petites installations, qui nous suivent dans le temps, sur lesquels les enfants peuvent se référer, et qui leur offre une réelle sécurité affective et une stabilité dans leur quotidien. C’était là l’objet de leur demande que je n’avais pas perçu avant que mon aîné ne m’en parle ! Pour mes enfants, c’est rassurant de savoir pourquoi on se lève le matin, c’est rassurant de savoir ce que nous allons faire dans la journée, qui nous allons voir, combien de temps cela va durer etc

Pour commencer, comme le propose la philosophie Steiner-Waldorf, nous suivons le rythme des saisons et des fêtes celtiques liées aux équinoxes, aux solstices et au pouls de la Terre-nourricière. Chaque nouvelle habitation, chaque nouvelle région apprivoisée, chaque journée vécue ensemble, nous relient de plus en plus à notre Terre-mère et à son rythme : celui des saisons qui défilent, modifient le paysage et se succèdent à nouveau d’année en année.
Pour ceci nous installons une table des saisons, elle représente un petit morceau de paysage que nous modifions au cours de l’année, tout comme la Nature est modifiée par le rythme saisonnier. 





De plus, nous avions imprimé une roue des saisons, qui permet de visualiser le cycle circulaire et ininterrompu des quatre saisons et des évènements liés aux équinoxes et aux solstices.
Cette année, j’ai trouvé l’inspiration d’en dessiné une moi-même. Elle comporte également le cycle lunaire, auquel nous sommes très sensibles chez nous, et qui fait aussi écho à mon propre cycle menstruel, qui impacte évidemment parfois notre quotidien , dans la mesure où je porte la majeure partie de  l’organisation du foyer !


 

Si cela vous intéresse et vous plaît, vous pouvez me la commander en téléchargement PDF ou dans sa version imprimée en m'envoyant un e-mail à charlotteromanreve@gmail.com et en vous référant à la fiche tarifaire : tout en couleurs comme chez nous, ou bien en noir et blanc pour y apposer vos propres couleurs, avec ou sans vos enfants!

Je m’arrête là pour cette première partie en vous laissant plus bas quelques pistes pour approfondir le sujet des tables des saisons et des rituels liés aux solstices et aux équinoxe, et je vous retrouve plus tard pour vous parler de notre rythme hebdomadaire !

- Un de mes sites favori dans lequel je puise une source d’inspiration profonde, est celui de mon amie Monique Tedeschi : chant des fées, elle parle très bien du principe de la table des saisons, il n’est donc pas nécessaire pour moi d’en dire plus !

- quelques visuels des tables des saisons, toujours plus beaux, sur le net  

- vous trouverez ici un aperçu des différentes fêtes celtiques de l’année avant qu’on en reparle plus personnellement dans de futurs billets.


 

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